Je suis trankilou au volant, bercée par FIP, je vais au taff. J'attends au feu rouge.
Il est à pied. Il s'approche avec sa petite pancarte, le visage penaud, l'air de dire "je sais que je vais encore me faire jeter, mais j'essaye quand même". Son allure générale est un savant dosage. Surtout être suffisamment propre et présentable pour ne pas susciter un rejet de son interlocuteur, mais ne pas être trop classe, parce que sinon ça fait "trop riche".
Il vient d'essuyer déjà deux refus des voitures devant moi. Il se rapproche de moi. J'ai deux options :
soit je détourne ostensiblement la tête pour me concentrer sur les boutons de l'autoradio
soit je le regarde et lui dit "Désolée" avec un sourire pour la journée.
Je prends la 2e. J'essaye de lui adresser un sourire compatissant.
Après tout, c'est super facile de compatir. Sans agir.
Bé quoi, non j'ai pas de monnaie et me regarde pas comme ça toi. C'est pas un crime d'avoir un travail, une voiture, et de manger 4 repas par jour (quoi, vous prenez pas de goûter, vous ? ;-))
Je me sens mal à l'aise. Et pas fière du tout.
Supposez qu'un frère ou une soeur manquent de vêtements et n'aient pas tous les jours assez à manger. Et voilà que l'un de vous leur dit :"au revoir, mes amis, portez-vous bien, restez au chaud et bon appétit", sans leur donner de quoi pourvoir aux besoins de leurs corps, à quoi cela sert-il ?
(Jacques 2.15 et 16)